Nos lecteurs connaissent certainement David Abiker à travers ses œuvres radiotélévisées : Arrêt sur Images, France-Inter et un peu la Fête de la Figa, ben oui.
Un aspect que peu soupçonnent, en revanche, est celui d’homme de lettres. C’est à ce titre que M. Abiker nous gratifie d’un fort pédagogique Mur des Lamentations, sous-titré Tous victimes et fiers de l’être.
Ouvrage épais mais écrit gros - on peut ainsi le prescrire sans crainte à nos aînés - le Mur est une fable initiatique mettant aux prises Maouh, le narrateur, à un Ça, sans conteste la seule maladie grave qui peut encore décimer les rangs des individus de bonne moralité.
Entre situations cocasses - le Ça de Maouh est logé dans son anus - et épisodes véritablement mélodramatiques, M. Abiker esquisse du ton pince-sans-rire d’un Pierre Desproges à stock-options l’itinéraire d’un enfant gâté qui accède grâce à sa maladie au statut le plus médiatisé de notre temps : celui de victime.
Autour de la figure tutélaire de Caliméro orbitent dans ce désopilant ballet Jeunes et vieux, minorités et handicapés, quémandant à qui mieux mieux la lumière de projecteurs apprivoisés par vingt ans d’assistanat socialiste.
L’écriture est impeccable et véritablement grinçante, mais on regrette parfois que l’auteur ne prenne pas le temps de développer plus avant certaines idées qui mériteraient un chapitre entier. Cette concision incite toutefois le lecteur à plonger dans ses propres souvenirs et à enrichir de son expérience personnelle les tribulations de Maouh, lui permettant de s’approprier la narration et de l’adapter à sa propre existence : en fablier accompli, M. Abiker nous montre le temps qui paffe.
Trop vite, d’ailleurs : le Mur se dévore, et c’est bien rapidement que l’on se retrouve, penaud, à faire durer la lecture des dernières pages. David, de grâce, offrez-nous une barrière de sécurité la prochaine fois !
Plus qu’un roman, le Mur des Lamentations est un véritable manuel de savoir-souffrir, et indique la direction dans laquelle la société se précipite tête baissée. Fermez le livre et allumez la télévision : c’est encore du David Abiker.
David Abiker, Le mur des lamentations, éd. Michalon, 2006. Quatre couilles de coq Brave Patrie.
15 € dans toutes les bonnes librairies.