Très cher anonyme,
il y avait en effet un jeu de mots amusant à faire sur position et tournantes, et je vous remercie de vous y être colleté.
Toutefois, vous dites "le maire de Seine-Saint-Denis", et cela je ne saurais le laisser passer.
La Seine-Saint-Denis n’a pas de maire. Saint-Denis, oui. La Seine-Saint-Denis, non.
Voyez vous bien, la Seine-Saint-Denis (neuf-trois ou neuf cube, bien que ce dernier terme soit tombé en désuétude car tarte dès l’origine) est une division pénitentiaire. Il n’y a jamais eu de maire dans une division pénitentiaire. Un Gauleiter ou un commissaire du peuple selon la période, mais de maire point.
En confondant aussi grossièrement les divisions administratives de notre Brave Patrie, vous vous insultez, bien sûr, mais vous insultez encore plus profondément ceux qui ont eu à survivre dans les recoins les plus sombres des heures les plus noires de notre patrie.
J’ai eu, voyez vous bien, à vivre dans cette division pénitentiaire pendant de longues années. Ma famille ainsi que Domino le chat devaient se serrer dans une modeste boîte en carton sise au beau milieu d’une flaque irisée par les fuites des épaves automobiles alentours. J’ai du, lors de cette déportation, grignoter des boîtes de petit pois vides - cela forge certes le caractère, mais je te dis pas les inconvénients gastriques, surtout dans une boîte en carton de 6000cm3, surtout quand le chat s’y mettait aussi.
J’ai vu mon frère, en larmes, porter un foulard rouge de pionnier, et ma mère s’abaisser à chanter l’Internationale pour ne pas que les chars soviétiques passent par notre flaque. Et les soldats riaient, ils riaient.
Cette adorable fossette que j’arbore au coin de la pommette, irrésistible pour les imbéciles matriochkas d’alors, c’est pour survivre que je l’ai apprise, Monsieur l’ignorant.
Votre Alzheimer historique, votre bêtise inconsciente font pleurer ceux qui ont souffert, Monsieur, et je prie, oui, je prie, pour que jamais ma pauvre mère, qui s’est ruiné les yeux à construire les tracteurs qui jamais n’ont trouvé sillon à creuser entre les tours de la Noue, ne lise vos quelques ignobles mots.
Vous êtes méchant, Monsieur. C’est pas bien.
Didier Kala