L’anglais, une langue pauvre ? Obnubilé par les publicitaires et autres communiqueurs, on en finirait par négliger la formidable richesse culturelle et linguistique de l’anglais au profit du charabia publicitaire "angloïde" de ceux qui (pour séduire notre paresse) font le choix de parler avec leurs pieds plutôt que de prononcer une seule phrase dans un français correct, point à la ligne.
Pour ceux d’entre nous qui se préoccupent d’autre chose que de Harry Potter, la langue anglaise reste avant tout celle de Joyce et de Faulkner ; plus près de nous, elle est l’instrument privilégié d’intelligents authentiques et de contestataires de tout poil. Il suffit d’ouvrir un dictionnaire bilingue pour se rendre à l’évidence : l’anglais comporte d’autres mots que "challenge" et "outsourcing".
Quant à "transfert de compétence" et "action citoyenne", ce sont des mots bien français qui subissent à peu près le même outrage que les mots anglais correspondants, violés par des brutes en costard-cravate, des créatifs qui ne font que réduire, rapetisser, en fin de compte détruire. Il fut un temps où mes deux langues préférées s’enrichissaient mutuellement ; aujourd’hui elles s’appauvrissent l’une l’autre.
Ceci dit, il est vrai qu’on ne peut pas s’exprimer "à la fois clairement et à la fois de façon VRAIE" et à la fois élégamment, à la fois. Qui plus est, la sodomie est peut-être "meilleure" avec de la vaseline, mais elle n’est certainement pas "meilleur", comme vous l’avez souligné fort à propos.
Je sais, je suis vieux jeu, je n’ai rien de cool : c’est peut-être parce que je suis né pauvre, sans aucun espoir de ressembler jamais aux jeunes cool et sympa des publicités. Pour moi l’effort privé, intime, prime sur l’engagement public, et ce même si, parfois, j’aime m’offrir une saine distraction et ouvrir ma grande gueule. Au lieu de me plaindre de l’anglais, j’apprends le français. Au lieu de protester contre tel ou tel phénomène de société, je m’efforce de vivre en homme un peu libre. C’est difficile. Parce que le problème, ce n’est pas les anglais. La "société de consommation", le "conformisme ambiant", ce n’est pas les Américains ou une poignée de dirigeants : la bête est en chacun de nous, et c’est en nous que nous devons la vaincre.
Je me permets de vous souhaiter un joyeux Noël quand même. Si vous aimez les idées simples et limpides, exprimées de façon VRAIE, vous pourrez vous passer le dernier Disney en boucle. Pour ma part, je me fous au pieu.