
La communauté internationale pensait avoir définitivement neutralisé la Menace Jaune en attribuant à l’été 2001 les JO à la Chine et en l’invitant à rejoindre l’OMC deux mois plus tard. Moins d’une décennie après, elle se demande si elle n’a pas en définitive confié au loup la fabrication de la serrure trois points de la bergerie.
Les premiers à-côtés des mesures d’apaisement semblaient bénéfiques : économies sur le routage jusqu’aux stades olympiques des t-shirts contrefaits, revalorisation du capital par rapport au travail avec l’injection d’un milliard de lumpengrouillots sur le marché global, faire-valoir sur les questions d’environnement et de droits humains, etc.
Le constat est aujourd’hui terrible : l’Occident vient de se réveiller avec de la poudre plein les yeux. Les Chinois ne l’ont pas inventée pour rien.
Ce qui avait commencé par une simple observation matinale embrumée (« Tiens, on dit Lucky Stlike maintenant ? ») a pris des proportions autrement inquiétantes : bandes vertes aux polychlorodibenzo-p-dioxines dans le dentifrice, huile de vidange dans le ragoût de lotte à la vapeur de Médor, et maintenant des Dora l’Exploratrice™ plombées.
Il faut se rendre à l’évidence : ils sont partout et ils en veulent à la santé de nos gencives, de nos animaux familiers et de nos enfants.

Et devant un enfant qui se chie subitement dessus après des années de léchage de Barbie™, nous sommes totalement désarmés. Que diable faire ? Lui enfiler une Pampers™ ? Mais si elles sont fabriquées à Guangdong, quelles nouvelles horreurs insoupçonnées guettent nos pauvres bambins ?
Si la Chine devait attaquer aujourd’hui, elle nous trouverait dubitatifs dans les rayons du supermarché. Et comme l’a dit Mao Zedong lui-même, quand on se gratte le menton en lisant l’étiquette d’un cartable Transformers™, on est forcé de poser son AK-47 à terre.
Nous sommes cuits.
Les dernières révélations sur l’ampleur de l’utilisation des peintures au plomb nous permettent toutefois de discerner un schéma directeur dans cette attaque générale sur le bien-être moral de l’Occident : qui ne reçoit pas le kit complet de Barbie Pro-Ana™ à Noël ? Qui n’offre pas du Canigou™ Cyril Lignac® à son Yorkshire™ ? Qui ne se brosse pas les dents trois fois par jour ?
Les pauvres.
Les salauds de pauvres.
Ne nous voilons pas la face, le saturnisme propagé par les usines médio-impériales a une cible bien précise : les forces vives du monde civilisé. Et c’est à dessein qu’il épargne les petits miséreux, dans l’espoir qu’un jour ceux-ci, imbibés d’idéologie marxiste, se retourneront contre les citoyens qui ont choisi de gagner décemment leur vie.

Il est toutefois encore temps d’arrêter cette révolution culturelle. En prenant notre temps pour appliquer les normes de construction dans les logements insalubres, nous pouvons espérer qu’un grand nombre de petits pauvres seront eux aussi intoxiqués au plomb. Nous pouvons mettre à contribution notre technologie supérieure et inonder les magasins hard-discount de nourritures OGM et polysaturées afin de provoquer une épidémie d’obésité et de maladies cardiaques. Et en proposant des crédits immobiliers attractifs, nous pouvons nous assurer que les familles miséreuses le resteront pendant trente, quarante, voire soixante-dix ans. Le temps d’éradiquer une génération, voire deux si les volets plomb et cholestérol du plan de défense sont appliqués.
Mieux encore : nous pouvons porter l’attaque en territoire ennemi. En feignant l’ignorance et en demandant à la Chine de fournir encore plus de produits douteux à des prix toujours plus bas, nous pourrions y favoriser l’émergence d’une classe d’ouvriers prêts à tout pour gagner une maigre pitance, un lumpenprolétariat qui fuirait des campagnes dévastées par la famine pour s’entasser dans des bidonvilles précaires où ils seraient à la merci d’entrepreneurs peu scrupuleux. En incitant la Chine à employer toujours plus de composants premier prix dans ses usines, nous pourrions même provoquer des catastrophes environnementales et ainsi contaminer les Chinois eux-mêmes.
Cela demande certes une volonté politique forte de la part de nos dirigeants, mais ce n’est qu’à ce prix que nous pouvons assurer les maoïstes d’une destruction mutuelle. Et tel serait bien pris qui croyait prendre.