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J.P. Raffarin : "J’étais du terrain avant lui"

Son visage est hâlé, finement buriné par les intempéries d’un pays sec mais moite par endroits. Son regard paisible scrute l’horizon avec la ténacité d’un faucon gros-rouvreois, pour juger certainement de l’évolution du temps et de son influence sur la venaison fraîchement débitée qui faisande benoîtement sous le porche.

Helmut San Pericoloso der Sporgerzi
, lundi 6 janvier 2003 Cliquez sur l'une des icones ci-dessous pour enregistrer cet article sur votre plateforme favorite : Facebook iGoogle Mon Yahoo! del.icio.us Buzz! (Vous devez être inscrit sur les plateformes ci-dessus pour pouvoir y enregistrer cet article.)

Sûr de lui, impérial, Jean-Pierre Raffarin descend les quelques marches qui nous séparent, et m’invite à franchir le seuil de sa demeure de chasse.

"Tenez, regardez, ce sont des petits gris que j’ai capturé pas plus tard qu’hier !". Au mur, la venaison se dessine en de belles virgules vertes et veinées, trophées punaisés à l’aide de pointes de 120. Quelques minutes à peine en sa présence, et l’objectif est clair, la route est tracée, quelle qu’en soit la pente : ce week-end, c’est chasse à courre à la cagouille. C’est le nom que l’on donne à l’escargot sauvage dans le beau pays du Poitou, où J.P. Raffarin se ressource, plantant ses racines pour en tirer l’essence de sa pensée.

On entend derrière le bâtiment quelque cheval renâclant, et Raffarin annonce : "Ah, celui-là, c’est Godefroy, votre monture pour ce week-end !"

Sans plus tarder ; il m’invite dans son salon où je fais la connaissance des autres invités de ce week-end, journalistes eux aussi, et non des moindres : le Figaro, le Monde, Libération, toute la presse hagiographique française a promptement répondu à l’invitation de J.P. Raffarin, soucieux comme moi de mieux découvrir l’homme derrière la légende.

Et c’est bien un homme de terrain qui s’est ouvert à nous, profondément ancré dans son pays (le Poitou) et son temps, pierre angulaire d’un gouvernement, clé de voûte d’un système que l’on oublierait pourtant volontiers face aux démonstrations éclair de son ministre de l’Intérieur.

"Que les choses soient claires, j’étais du terrain avant lui. Souvenez-vous de mai 2002, tout le monde s’accordait à me décrire comme un homme de terrain... C’était justifié, croyez-en mon expérience. J’ai beaucoup de respect pour l’action de Nicolas, mais n’oubliez pas que c’est moi le premier ministre, c’est moi qui décide !"

J.P. Raffarin se prête au jeu des confidences et nous montre, ému, son album de scoutisme. "J’était chef d’escadrille, et déjà mon totem était la cagouille !". C’est en effet sous le nom scout de Cagouille Sagace que Raffarin acquit sa connaissance profonde du terrain. "Voyez, ici je traque un gros-gris dans une tranchée de glaise acétineuse. Ses traces étant fraîches il m’est possible de déterminer son poids à l’odeur." J.P. Raffarin est encyclopédique, son discours s’émaille de Helix aspersa aspersa et autres termes démonstratifs. Son teint rosit, le bonheur simple du contact avec le quotidien de la France d’en bas semble le réjouir, l’émerveiller.

Cagouille Sagace en 1937 A le voir, un sentiment de honte nous étreint tous. Comment avons-nous pu l’oublier si vite, sous le charme des actions promptes et efficaces de notre Bon Ministre de l’Intérieur ? Comment avons nous pu oublier qu’il fallait un guide au bras vengeur de la justice, et que seul un homme comme J.P. Raffarin pouvait postuler à ce titre ?

Après une dégustation de cognac, nous prenons quelques heures de repos pour nous réveiller à l’aurore dans un air embaumant le café Jacques Vabre. Bientôt, le cor retentit. Les rabatteurs ont trouvé de la cagouille à foison !

Et c’est à bride abattue que nous partons à la chasse au gastéropode, juchés sur de fières montures, suivant notre guide, faisant confiance à son instinct sûr, à ses réflexes quasi ataviques. Jean-Pierre Raffarin ne saurait nous perdre dans ce terrain qu’il connait si bien, courrons le vaste Poitou et sus à la cagouille !

P.-S.

Nous déplorons la perte douloureuse de notre confrère de Libération, apparemment pris pour une cagouille de belle taille par notre confrère du Figaro. Le pauvre homme n’a pas survécu aux tirs de mortier de 88, malgré les premiers soins scouts habilement procurés par J.P. Raffarin. Libération n’a pas souhaité porter plainte.
Réactions à J.P. Raffarin :

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Déjà 2 réactions.

  • 8 janvier 2003 11:35, par Casse-pompons

    Chacun à sa place...

    ...et les vaches seront bien gardées.

    Il fallait que cela soit dit, grâce à vous c’est chose faite.

    Au nom de tous les Braves Patriotes, permettez-moi, Herr Helmut, de vous remercier d’avoir été l’homme de la situation.

    P.S. D’avoir appris le passé Scout de M. Raffarin ne m’a pas surpris, mais a plutôt conforté l’opinion que je me faisais de lui. Toujours prêt... à mieux faire pour le salut de la France, me semble être une devise taillée sur mesure pour notre Premier Ministre.

    Meilleurs Voeux, et bien le bonjour à Madame.

    Répondre

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